El teñido con índigo natural
L'indigo teint les textiles depuis des millénaires. Sur le cuir, en revanche, il reste très rare et c'est en partie ce qui m'a donné envie de m'y consacrer. Voici l'histoire de ce pigment, puis la manière dont je l'utilise à l'atelier.
Un bleu venu de loin
La India: cuna del azul
Le mot « indigo » vient du grec indikon, « de l'Inde ». C'est là que la plante Indigofera tinctoria était cultivée puis transformée en blocs de pigment, très recherchés sur les routes commerciales. L'indigo y a pesé si lourd qu'il est devenu un enjeu politique : en 1859, la « révolte de l'indigo » a soulevé les cultivateurs bengalis contre l'exploitation coloniale britannique.
El Antiguo Egipto y el Mediterráneo
En Égypte ancienne, on a retrouvé sur des momies des textiles teints à l'indigo. Le bassin méditerranéen utilisait une autre plante riche en pigment, la guède, cultivée notamment dans le sud de la France. Au Moyen Âge, son commerce a fait la fortune de Toulouse : les boules de guède séchée s'appelaient des « cocagnes », et c'est d'elles que vient l'expression « pays de cocagne ».
Japón: el saber ancestral
Au Japon, la teinture à l'indigo s'appelle aizome. La plante utilisée, le tadeai, y est fermentée selon des procédés très précis, parfois pendant plusieurs mois. On prêtait à l'indigo des vertus protectrices et antibactériennes : il teignait aussi bien les vêtements des artisans que ceux des samouraïs.
África Occidental: una tradición viva
En Afrique de l'Ouest enfin, au Mali, au Nigeria ou au Burkina Faso, la teinture à l'indigo se transmet depuis des siècles, souvent par les femmes teinturières. Les tissus y sont ornés de motifs en réserve et portent des identités culturelles fortes.
Ce bleu réunit donc des savoir-faire nés aux quatre coins du monde.
C'est ce fil que je poursuis à ma manière, en l'appliquant à une matière qui le reçoit rarement : le cuir.
Teindre le cuir à l'indigo : une technique vivante
Contrairement à d'autres colorants, l'indigo ne se fixe pas naturellement sur les fibres. Il faut le rendre soluble, et c'est tout le rôle de la cuve. Une cuve d'indigo est un milieu vivant, sensible à la température, à l'humidité et à l'oxygène. La mienne, je l’ai montée moi-même à l'atelier, et elle demandent une attention régulière.
Les étapes, de la cuve à la pièce finie :
1. L'extraction : les feuilles d'indigotier sont fermentées pour libérer le pigment. On obtient une poudre bleue, qui servira de base à la cuve.
2. La réduction : l'indigo, insoluble sous sa forme bleue, est transformé en une forme soluble, jaune-vert, grâce à une réaction à base de fructose, de chaux et de chaleur.
3. La cuve : la solution est maintenue à température constante, à l'abri de l'air, pour préserver le pigment sous sa forme réduite.
4. Le trempage : le cuir est immergé lentement dans la cuve. Quand il en ressort, il est jaune-vert. C'est au contact de l'air qu'il s'oxyde et devient bleu, sous vos yeux.
5. La répétition : plusieurs bains sont nécessaires pour construire une teinte profonde, chaque passage s'ajoutant aux précédents.
6. Le séchage : le cuir sèche ensuite plusieurs jours, dans une pièce sombre et bien ventilée.
7. Le nourrissage : les bains ont remplacé une partie des huiles du tannage par de l'eau. Je nourris donc le cuir en profondeur avec un baume riche en huiles et en graisses, mis au point à l'atelier, pour lui rendre toute sa souplesse.
La poudre d'indigo, issue des feuilles d'indigotier fermentées.